Durée de guérison des tendinites : ce qu'il faut savoir selon les experts
Contrairement aux idées reçues, le repos complet n'est pas toujours la solution pour soigner une tendinite. Selon le chirurgien orthopédiste William Mamane, la durée de guérison dépend de l'ancienneté de la lésion et du tendon concerné, pouvant s'étendre de quatre semaines à plus d'un an dans les cas chroniques.
La douleur persistante à l'épaule, au bras, au poignet ou au tendon d'Achille peut souvent être attribuée à une tendinite. Bien que ce terme soit entré dans le langage courant pour désigner toute inflammation tendineuse, les spécialistes distinguent désormais la véritable tendinite, caractérisée par une inflammation du tendon, de la tendinopathie, qui correspond à une usure ou une altération progressive des fibres sans inflammation majeure. Dans les deux cas, les symptômes se manifestent par une douleur lors des mouvements, parfois accompagnée de raideur et d'une diminution des capacités fonctionnelles du tendon.
La durée de récupération n'est pas uniforme. Elle varie considérablement selon le tendon touché, l'ancienneté de la lésion, sa gravité et la qualité de la prise en charge médicale. Le docteur William Mamane, chirurgien orthopédiste, souligne qu'il n'existe pas de durée universelle. En règle générale, une tendinite récente guérit en quatre à huit semaines. Toutefois, une forme installée depuis plusieurs mois peut nécessiter trois à six mois, voire davantage, pour une récupération complète.
Une guérison rapide est plus fréquente lorsque le traitement débute dès l'apparition des premiers symptômes. Ces délais sont indicatifs et varient selon les cas individuels. Certaines tendinopathies, comme le tennis elbow ou celles du tendon d'Achille, peuvent nécessiter près d'un an avant une récupération totale. Certains facteurs peuvent nuire à la bonne cicatrisation du tendon, tels que l'âge avancé, la sédentarité, le tabagisme, l'obésité ou une mauvaise hygiène alimentaire. Chez une personne jeune et en bonne santé, l'évolution est toutefois généralement favorable avec une prise en charge adaptée.
La tendinite à l'épaule est l'une des plus fréquentes, touchant souvent la coiffe des rotateurs. Ses symptômes incluent une douleur lors des mouvements, une gêne pour lever le bras et parfois des douleurs nocturnes. Le temps de guérison varie généralement de six semaines à six mois. Les formes anciennes ou associées à un conflit sous-acromial demandent parfois davantage de temps. Le traitement repose principalement sur l'adaptation des activités, la kinésithérapie, des exercices progressifs et, dans certains cas, des traitements complémentaires.
La tendinite au bras touche souvent les personnes réalisant des mouvements répétitifs, travaillant sur ordinateur ou pratiquant certains sports. Les symptômes se manifestent par une douleur lors des mouvements, parfois une perte de force et une sensibilité au niveau du tendon. Que la tendinite touche le bras gauche ou le bras droit, cela ne change pas le pronostic. La plupart guérissent en quelques semaines à plusieurs mois, parfois douze mois. Le traitement associe généralement une diminution temporaire des contraintes, une rééducation et une reprise progressive des activités.
Une tendinite à l'avant-bras guérit souvent en quelques semaines lorsqu'elle est prise en charge rapidement. En revanche, poursuivre les gestes douloureux retarde la récupération. La tendinite du poignet ou de la main est fréquente chez les personnes utilisant beaucoup leur clavier, leur souris ou réalisant des gestes répétitifs. Le temps de guérison est souvent compris entre quatre et huit semaines, parfois davantage si la sollicitation du tendon persiste.
Une tendinite au doigt est généralement de bon pronostic. Elle touche souvent les personnes qui sollicitent beaucoup leurs mains, par exemple en tapant toute la journée sur un clavier d'ordinateur, en utilisant intensivement un smartphone (on parle de "textonite" lorsque cela touche le pouce), en jouant d'un instrument de musique ou en effectuant des gestes répétitifs au travail. Le délai de récupération est généralement de trois à huit semaines, à condition d'adapter temporairement ces activités, d'éviter les gestes douloureux et de suivre les exercices de rééducation si nécessaire.
Les tendinites du genou et de la jambe concernent fréquemment les sportifs. Le syndrome de l'essuie-glace, par exemple, est une douleur fréquente chez les adeptes de la course à pied et les cyclistes. Le temps de guérison varie généralement entre six semaines et quatre mois selon la gravité de l'atteinte. Pendant cette période, il est souvent nécessaire d'adapter ou de réduire temporairement l'entraînement. La reprise de la course ou du vélo doit être progressive, une fois la douleur disparue ou nettement diminuée, afin de limiter le risque de récidive.
La tendinite au pied et à la cheville nécessite souvent une réduction temporaire des activités sportives tout en maintenant une activité physique adaptée. La prise en charge du tendon d'Achille repose sur un protocole de rééducation, notamment un renforcement excentrique supervisé par un kinésithérapeute. Le repos total est rarement conseillé sur une longue durée. La récupération demande généralement trois à six mois.
En cas de tendinite, il est conseillé de consulter son médecin traitant, qui peut orienter vers un kinésithérapeute, un médecin du sport, un médecin spécialiste en rhumatologie ou un chirurgien orthopédiste si nécessaire. En cas de phase aiguë douloureuse, l'application de poches de glace et, si nécessaire, un traitement anti-inflammatoire par voie orale ou en application locale peuvent aider à soulager les symptômes. Les pommades antalgiques ou chauffantes peuvent également apporter un confort temporaire, sans accélérer la guérison. En revanche, ces traitements ne réparent pas le tendon et ne remplacent pas la rééducation.
Par la suite, le traitement repose avant tout sur la rééducation. Contrairement à une idée reçue, il ne faut généralement pas immobiliser complètement le tendon pendant plusieurs mois : "il a besoin d'être sollicité de manière progressive et adaptée. Il s'agit donc plutôt de modifier temporairement l'activité, de réduire les charges ou le nombre de répétitions, de varier les exercices et de corriger certains gestes répétitifs", recommande le docteur William Mamane.
Les infiltrations font également partie de l'arsenal thérapeutique, notamment les corticoïdes ou le PRP, même si les résultats de ce dernier restent encore discutés : "Elles visent surtout à soulager localement la douleur et ne réparent pas directement le tendon. Certaines infiltrations peuvent même le fragiliser : les corticoïdes sont notamment contre-indiqués au niveau du tendon d'Achille en raison du risque de rupture", prévient l'expert.
Oui, mais il s'agit d'un repos relatif. "Un repos total prolongé risque d'affaiblir davantage le tendon. Il est généralement préférable d'adapter les mouvements, de prévoir des pauses régulières et de reprendre progressivement les activités de façon encadrée", souligne le chirurgien.
Aucune méthode ne permet de guérir instantanément un tendon. En revanche, plusieurs mesures favorisent une bonne récupération. La meilleure façon d'éviter une récidive est de supprimer la cause de l'apparition d'une tendinite. Cela passe par une reprise progressive de l'activité, un renforcement musculaire adapté sur long terme, une bonne récupération et la correction définitive des gestes responsables. Dans les rares situations où les traitements conservateurs échouent après plusieurs mois, une intervention chirurgicale peut être discutée.
L'intervention chirurgicale est réservée au cas où la tendinopathie devient chronique et que la rééducation ne suffit plus, explique le Docteur William Mamane : "une intervention chirurgicale peut alors être envisagée. On peut notamment réaliser un peignage du tendon afin de stimuler sa cicatrisation ou corriger certains facteurs mécaniques favorisants, par exemple lorsqu'une structure osseuse irrite le tendon".
Dans ces situations, la chirurgie peut donc favoriser une meilleure cicatrisation en agissant directement sur le tendon ou sur la cause mécanique qui entretient la lésion. Elle peut ainsi permettre une amélioration durable lorsque les autres traitements ne suffisent plus. Pour autant, elle ne constitue pas une solution permettant systématiquement de guérir plus vite : "une période de cicatrisation et de rééducation reste nécessaire après l'intervention. Elle ne supprime pas non plus totalement le risque de récidive, notamment si les facteurs ayant favorisé la tendinopathie persistent", souligne l'expert.
Une guérison complète ne signifie pas seulement la disparition de la douleur. "Le tendon est considéré comme guéri lorsqu'il retrouve une fonction normale, sans douleur lors des gestes du quotidien ou de la reprise du sport, et que les exercices de renforcement sont réalisés sans gêne", d'après le chirurgien orthopédiste.
L'arrêt de travail dépend du métier exercé. Quelques jours peuvent suffire pour un travail de bureau, tandis que plusieurs semaines sont parfois nécessaires lorsque l'activité sollicite fortement le tendon. Certaines tendinites liées aux mouvements répétitifs peuvent relever d'une maladie professionnelle.
I.Wright--SFF