Les défis de Lula pour son quatrième mandat à la tête du Brésil
Réélu à la tête du Brésil pour un quatrième mandat non consécutif, le président de gauche Lula devra faire face à un Parlement penchant fortement à droite, à des finances publiques dans le rouge et à l'hostilité de Donald Trump.
À bientôt 81 ans, Luiz Inacio Lula da Silva l'a emporté face au sénateur conservateur Flavio Bolsonaro.
Voici les principaux défis qui l'attendent, dans un Brésil qui demeure profondément divisé.
- Gouvernabilité -
Lors de son mandat actuel, Lula a déjà éprouvé de nombreuses difficultés à gouverner face à un Parlement à majorité conservatrice.
Les législatives du 4 octobre l'ont placé devant une situation encore plus complexe, avec un véritable raz-de-marée de la droite.
Le Parti libéral de Flavio Bolsonaro est le mieux représenté, avec 121 députés sur 513 et 28 sénateurs sur 81.
Pour faire approuver des projets de loi, Lula devra négocier avec le "Centrao", bloc de partis de centre-droit qui monnaient souvent leur soutien en échange de postes dans l'administration publique ou de subventions pour leurs fiefs électoraux.
Le fait que les parlementaires bénéficient d'une part significative du budget pour ces subventions leur "donne plus d'indépendance vis-à-vis de l'exécutif", dit à l'AFP Mayra Goulart, politologue de l'Université fédérale de Rio de Janeiro.
- Problèmes budgétaires -
Sur le plan économique, "les trois grands problèmes sont les finances publiques, les finances publiques et les finances publiques", souligne Mauro Rochlin, économiste de la Fondation Getulio Vargas (FGV), un pôle universitaire renommé.
La dette publique dépasse 80 % du Produit intérieur brut et les taux d'intérêt figurent parmi les plus élevés au monde.
Cette situation "pourrait rapidement déboucher sur une crise économique", avertit M. Rochlin.
Selon lui, des coupes budgétaires sont indispensables mais Lula devra "prendre des mesures impopulaires" et affronter "de puissants lobbies au Parlement".
Une tâche d'autant plus difficile que les restrictions budgétaires pourraient menacer les programmes sociaux, l'un des principaux marqueurs du président de gauche.
- Insécurité -
La violence est la principale préoccupation des Brésiliens, selon les derniers sondages.
Accusé de laxisme par ses opposants, Lula devra montrer des résultats tangibles, en particulier dans la lutte contre les factions criminelles et les milices qui contrôlent des territoires dans de nombreuses villes.
Le thème de la lutte contre le crime a pris une dimension internationale : l'administration du président américain Donald Trump a désigné comme organisations terroristes les deux principales factions criminelles brésiliennes, le Comando Vermelho (CV) et le Primeiro Comando da Capital (PCC).
Le gouvernement Lula s'oppose à cette désignation, estimant qu'elle porte atteinte à la souveraineté du Brésil.
- Bastion face à Trump -
Lula a fait de la défense de la souveraineté nationale un étendard de sa campagne.
Cette posture lui avait déjà valu un regain de popularité en 2025 quand Washington avait imposé une première surtaxe sur des produits brésiliens.
Pour la justifier, Donald Trump avait invoqué une "chasse aux sorcières" contre l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, père de Flavio, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat contre Lula en 2022.
Après une accalmie, Washington a relancé cette année la guerre commerciale.
Mais Lula va devoir chercher à relancer la relation avec les États-Unis, un des principaux partenaires commerciaux du Brésil.
Le plus grand pays d'Amérique latine fait figure, avec le Mexique, de bastion de la gauche dans une région de plus en plus alignée sur le gouvernement Trump, de l'Argentine de Javier Milei à la Colombie d'Abelardo de la Espriella.
Pour Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales à la FGV, la question idéologique "compte pour les rencontres symboliques" mais "elle n'est pas aussi pertinente" pour les échanges entre les pays au quotidien.
Il cite l'exemple de l'Argentine : malgré les insultes de Javier Milei envers Lula, "la relation n'a pas changé en profondeur", explique-t-il.
U.Lee--SFF