Dans les terres conservatrices du Kansas, les démocrates se prennent à rêver de victoire
"Pour la première fois depuis longtemps, je suis vraiment optimiste", sourit Travis Falstad, 53 ans, rare électeur de gauche du comté rural de Neosho dans le Kansas, au cœur des Grandes plaines du centre des États-Unis.
Ici, 73% des voix sont allées en 2024 à Donald Trump. Et pourtant, des pancartes blanches portant le nom d'Adam Hamilton, candidat de l'opposition démocrate au Sénat, jalonnent ici-et-là, les jardins des maisons.
De quoi nourrir leur espoir fou de ravir dans cet État conservateur un siège au Sénat, une prouesse qui serait inédite depuis 1932.
Et le Kansas n'est pas le seul État jusqu'alors considéré comme hors d'atteinte dans lequel la gauche se prend aujourd'hui à rêver.
Électrisé par des sondages favorables, le Parti démocrate s'affaire à mobiliser, même dans les territoires traditionnellement ancrés à droite, autour du mécontentement lié au coût de la vie, qui flambe avec la guerre en Iran, et de l'impopularité historique du président républicain.
"Je pense que les gens sont désespérément à la recherche d'un peu de normalité", souffle M. Falstad, casquette de baseball bleue sur la tête, devant l'entrée du grand supermarché du coin.
- Manque d'enthousiasme -
A ses côtés, son épouse Beth Ann se fait, elle, plus pragmatique: les candidats démocrates en question "sont plutôt centristes", relève-t-elle, à l'instar d'Adam Hamilton, pasteur d'une méga-église enregistré jusqu'il y a peu comme républicain sur les listes électorales.
Mais cela "nous convient pour l'instant, car c'est déjà bien plus à gauche que ce que nous avons actuellement", poursuit-elle. Et "si nous essayions de présenter un candidat progressiste, ce serait une campagne perdue d'avance".
Signe de la fébrilité des républicains, Donald Trump s'est rendu le 19 octobre au Kansas, une première depuis 2018, afin de défendre le candidat sortant, Roger Marshall.
Ce meeting n'avait "pas pour but de faire changer d'avis qui que ce soit", estime Don Haider-Markel, professeur de science politique à l'université du Kansas, mais plutôt de "mobiliser les électeurs républicains qui manquent actuellement d'enthousiasme".
Remontés contre la flambée des prix, une bonne partie d'entre eux risque "de ne tout simplement pas voter", pointe l'enseignant.
Les républicains plus modérés, "bien que minoritaires", et les électeurs indépendants, nombreux au Kansas, pourraient eux soutenir un candidat centriste comme Adam Hamilton.
D'autant qu'il s'agit d'un nouveau venu en politique, et qu'on observe cette année à travers le pays une tendance au dégagisme, souligne-t-il.
- "Pas les moyens" -
Bien qu'il n'ait pas encore pris sa décision, Daniel Dwire, 52 ans, gérant de plusieurs supérettes, ne cache pas sa déception vis-à-vis du président, qu'il a pourtant soutenu depuis 2016.
"La première fois que Trump était au pouvoir, c'était génial", raconte cet homme qui travaille six jours sur sept. Mais le début de second mandat et sa guerre en Iran, "où nous n'aurions jamais dû fourrer notre nez", lui laissent un goût amer.
Avec une essence à 4 dollars le gallon (3,8L), les clients se font en effet plus rares dans la station-service rattachée à son enseigne.
"Les gens ne gagnent plus autant d'argent qu'ils le devraient, et tout le reste augmente, donc ils n'ont pas les moyens de partir en vacances", déplore-t-il avant d'ajouter : "Cela influence mon vote".
Pour d'autres comme Dan Platt, "semi-retraité" de 64 ans qui continue de travailler trois jours par semaine dans la construction pour joindre les deux bouts, pas question toutefois d'opter pour un vote sanction.
"Certes, cela pourrait aller mieux et l'essence coûter moins cher", reconnaît, attablé dans un bar, ce Kansasais qui dépense désormais "100 dollars par semaine pour aller au boulot" avec "son sacré gros pick-up".
"Mais j'ai retrouvé ma fierté", se ragaillardit-il, vantant l'"amour" de Trump pour l'Amérique, bière à la main devant un match des Chiefs, l'équipe locale de football américain.
Même son de cloche pour Dusty, éleveur de bovins pourtant très affecté par la hausse des prix du carburant, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.
"Bien sûr qu'un diesel à 6 dollars le gallon ça fait mal, mais il y a beaucoup d'autres choses dans le monde qui feront encore plus mal si nous ne nous opposons pas au terrorisme", balaie ce quinquagénaire coiffé d'un chapeau de cow-boy. Et d'assurer: "c'est le prix à payer pour la liberté".
C.Williams--SFF