La pression s'intensifie sur le Pentagone pour qu'il renonce à diffuser une exécution en direct
La pression monte aux Etats-Unis vendredi pour que le Pentagone renonce à diffuser en direct la mise à mort du meurtrier de soldats américains, le vice-président JD Vance exprimant sa réticence personnelle, et mettant par ailleurs en doute la concrétisation de ce projet.
"Je vois ces annonces. Je ne sais pas si cela va avoir lieu", a-t-il dit, interrogé par un journaliste de l'AFP pendant un déplacement en Ohio (centre-nord).
"Si c'est diffusé en direct, je ne regarderai pas", a-t-il ajouté.
Nidal Hasan, 56 ans, doit être fusillé le 3 décembre sur la base de Fort Hood, au Texas (sud), où il avait tué 13 personnes, dont 12 militaires, et blessé plus de 30 autres, le 5 novembre 2009, un attentat inspiré par l'organisation jihadiste Al-Qaïda.
Touché à la colonne vertébrale durant la fusillade, il est depuis handicapé et se déplace en fauteuil roulant.
- "Ce que font les jihadistes -
Fait très rare, des élus du parti républicain, celui du président Donald Trump, ont dit publiquement leur opposition à la diffusion en direct annoncée par le chef du Pentagone Pete Hegseth, et avec des mots très forts.
"Je soutiens totalement la condamnation à mort, mais diffuser des exécutions en direct est ce que font les jihadistes. L'Amérique vaut mieux que ça", a estimé Austin Scott, élu républicain à la Chambre des représentants, où il siège à une commission des affaires militaires.
"Une civilisation s'abîme quand elle nourrit un appétit pour les exécutions comme une forme de spectacle", a réagi sa part le sénateur républicain John Curtis.
L'indignation suscitée par le ministre de la Défense américain, ancien présentateur de Fox News friand de mises en scène martiales, est internationale.
Diffuser en direct la mise à mort constituerait une forme de "torture", a réagi vendredi le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme.
L’opposition démocrate américaine a condamné ce projet.
"C'est un cadeau pour les recruteurs terroristes anti-américains. C'est absolument honteux et porte atteinte aux intérêts et aux valeurs fondamentales de l'Amérique", a écrit sur X le principal élu démocrate à la commission des forces armées du Sénat, Jack Reed.
Donald Trump, fervent partisan de la peine capitale, a assumé vendredi sa décision approuvant le peloton d'exécution pour Nidal Hasan, qui "le mérite", selon lui.
Mais il ne s'est pas exprimé sur le caractère public de sa mise à mort.
Cette exécution sera la première effectuée par l'armée américaine depuis 1961, et la première par peloton d'exécution depuis 1945.
- "Cycle de violence" -
Une diffusion en direct "ne ferait qu'aggraver la cruauté de la peine de mort et perpétuer le cycle de violence auquel les autorités disent vouloir mettre fin", a affirmé un responsable de la section américaine d'Amnesty, Justin Mazzola.
"Cette annonce s'ajoute à la manifestation de cruauté à laquelle nous venons d'assister lors de la tentative insensée d'exécuter Christa Pike dans le Tennessee" (sud), a-t-il ajouté.
Il faisait référence à l'exécution ratée sans précédent la semaine dernière d'une femme qui a survécu à deux injections létales.
Le président de la Conférence des évêques catholiques américains, l'archevêque Paul Coakley, a qualifié la décision de fusiller publiquement Nidal Hasan de "promotion barbare d'une culture de la mort".
Selon Amnesty International, au moins 17 exécutions publiques ont eu lieu en 2025 dans le monde : 11 en Iran et six en Afghanistan.
Nidal Hasan, psychiatre militaire et Américain musulman d'origine palestinienne, "sera fusillé par des soldats, comme il se doit, et nous veillerons à ce que le public puisse y assister, à ce que ce soit public", a affirmé le ministre, Pete Hegseth dans une interview filmée mercredi, accordée à un influenceur d'extrême droite.
Il n'a pas précisé quelle chaîne ou plateforme internet serait choisie.
L'immense majorité des exécutions dans le pays relève des États, les exécutions fédérales étant rares et celles relevant de la justice militaire désormais exceptionnelles.
L'observatoire spécialisé Death Penalty Information Center (DPIC) a recensé 135 exécutions de soldats par l'armée américaine depuis 1916.
D.Brown--SFF