Presse: grève "inédite" dans les neuf journaux du groupe Ebra
Des salariés des neuf journaux régionaux du groupe de presse Ebra, propriété du Crédit Mutuel, sont en grève vendredi pour protester contre un plan de suppression de postes et l'usage accru de l'IA dans les rédactions.
Quelque 67 % des salariés de l'ensemble des titres ont fait grève, a indiqué à l'AFP Agnès Briançon, la co-secrétaire générale du SNJ au niveau national. La direction n'a pas donné de taux de participation.
Des rassemblements ont eu lieu dans la matinée, notamment à Strasbourg devant le siège du Crédit Mutuel, où s'étaient retrouvés une centaine de salariés, ou dans les rues de Besançon où les grévistes distribuaient des tracts, ont constaté des journalistes de l'AFP.
"Info menacée, démocratie en danger", "Ebracadabra, demain un journal fait à l'IA" pouvait-on lire sur leurs pancartes.
Ebra (Est Bourgogne Rhône-Alpes) édite Le Dauphiné libéré (Grenoble), Le Bien public (Dijon), Le Journal de Saône-et-Loire (Chalon-sur-Saône), Le Progrès (Lyon), L'Est républicain (Nancy), Le Républicain lorrain (Metz), Vosges Matin (Épinal), L'Alsace (Mulhouse) et Les Dernières nouvelles d'Alsace (Strasbourg), des titres qui couvrent au total 23 départements.
Le mouvement, qui touche tous les titres du groupe, est "complètement inédit", a dit à l'AFP Eric Barbier, délégué syndical SNJ (Syndicat national des journalistes) de l'Est Républicain.
Il proteste contre un plan de départs volontaires visant jusqu'à 400 postes sur quelque 3.200 salariés. Ce projet a été annoncé fin juin par le groupe, dont les ventes au numéro et les abonnements ont été divisés par deux en dix ans.
Pour M. Barbier, ce plan constitue "une atteinte directe à la qualité de l'information" et même une agression du "métier de journaliste".
Un tiers des postes de secrétaires de rédaction, en charge notamment de la mise en page des journaux, doit être supprimé, selon les syndicats, et l'IA "massivement" utilisée pour assister les journalistes qui resteront sur ces postes.
Sollicitée par l'AFP, la direction d'Ebra a dit vendredi "prendre acte de la mobilisation de ce jour" et mesurer "les inquiétudes exprimées".
"Le plan repose exclusivement sur le volontariat : aucun départ ne sera contraint", a-t-il réitéré. Selon elle, "les outils d'intelligence artificielle sont conçus pour faciliter le travail des rédactions, non pour les remplacer".
Les salariés s'inquiètent néanmoins de la qualité de ces outils. "Les tests qui nous ont été montrés récemment ne sont pas concluants du tout", a affirmé à l'AFP Jean-Frédéric Tuefferd, représentant syndical SNJ-CGT aux DNA.
Les techniciens sont aussi concernés. Didier Beyhurst, en poste à la rotative à Strasbourg depuis 1991, déplore un manque d'informations. "Il y avait des tensions, des peurs (...) il fallait vraiment une mobilisation" pour que la direction sente qu'il y a "une pression", dit-il.
Les négociations entre direction et instances représentatives du personnel prendront fin le 2 novembre.
D'ici là, le rassemblement devant le Crédit Mutuel a aussi eu vocation à ce que "notre actionnaire soit un peu impliqué parce qu'on ne l'a pas beaucoup entendu" jusqu'ici, estime Marie-Sophie Kormann, journaliste aux DNA, secrétaire du CSE et déléguée syndicale SNJ.
Comme la plupart des titres de presse, les journaux d'Ebra subissent l'érosion de leur diffusion papier ainsi que la baisse de leurs revenus publicitaires. La perte opérationnelle du groupe a dépassé les 10 millions d'euros en 2025.
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D.Brown--SFF