Foot: Pierre Sage retrouve l'OL, le club qui l'a "sorti de l'anonymat"
L'entraîneur de Crystal Palace, Pierre Sage, se déplace jeudi en Ligue Europa chez l'Olympique lyonnais, le club de ses débuts professionnels, avec le souvenir heureux du travail accompli dans une institution alors en crise et sans amertume quant à son départ, forcé.
"Nous avons sorti le club de l'ornière et lui nous a sorti de l'anonymat", a résumé le technicien des Eagles, actuels douzièmes de Premier League, dans un entretien accordé mardi à l'AFP.
Q: Revenir à Lyon par la grande porte, comme manager d'un club anglais, en avez-vous rêvé au moment de votre renvoi, en janvier 2025 ?
R: "Pas du tout. La première chose dont j'ai rêvé quand je suis parti de Lyon, c'était de ne pas partir. J'y suis retourné deux fois avec Lens, donc je l'aborde avec plus de distance d'un point de vue émotionnel. Malgré tout, ça reste toujours particulier pour moi, je me considère encore tellement Lyonnais dans ma tête. On n'a pas l'impression de jouer contre des adversaires, mais contre des gens qu'on connaît."
Q: Comment préparez-vous ce match ?
R: "Honnêtement, comme les autres. On a peut-être une meilleure connaissance de cette équipe parce que, mine de rien, on la suit. Depuis qu'on est partis, il y a presque deux ans, beaucoup de choses ont changé mais le club reste le club. C'est les supporters, la ville, tout ça. (...) Le public a toujours été cool avec moi et j'espère qu'on n'oubliera jamais tout ce qu'on a vécu ensemble : cela nous a tous forgés, un peu."
Q: Vous avez sorti l'OL de l'ornière, sans profiter de ce redressement sur le long terme. Ne l'avez-vous pas vécu comme une injustice ?
R: "Non, parce que si nous avons - je ne l'ai pas fait tout seul - sorti le club de l'ornière, le club nous a aussi sorti de l'anonymat, il nous a aidé à vivre ce qu'on vit aujourd'hui, donc on est aussi reconnaissant. (...) Perdre mon poste, je considère que cela fait partie du job. C'est plus le fait de quitter l'OL qui était difficile pour moi. Mais il y a eu une vie après, et il y aura sûrement une autre vie à Lyon, un jour."
Q: Après l'OL, vous êtes resté quatre mois sans poste. Des clubs anglais vous ont-ils approché à ce moment-là?
R: "Oui, j'ai rencontré Queens Park Rangers qui m'avait sollicité, mais on n'avait pas donné suite. C'était avant de signer à Lens. Dans ce mercato-là (...) il y a eu très peu de mouvements. Dès qu'un club s'est libéré, on a été les premiers à signer, donc c'était un bon signe".
Q: A Lens, vous faites une saison remarquable, avec la victoire en Coupe de France notamment, mais vous partez après seulement un an. Avez-vous hésité à rejoindre Palace ?
R: "C'a été une décision difficile parce qu'on a vécu une année tellement incroyable - je dirais même historique - que je me doutais des effets que ça allait avoir. Après, il y a un moment où il faut aussi que je pense à moi et c'est dans ce sens que cette décision a été prise. Je suis le dixième entraîneur français en Premier League et, ce qui est assez fou, le premier à y avoir accédé avant d'avoir coaché 100 matches. Sachant que dans les dix, il y a des mastodontes comme Arsène Wenger, Gérard Houllier, qui ont vécu des choses incroyables ici. Il y a peu d'élus alors quand l'opportunité se présente, forcément, on se dit qu'elle peut ne pas revenir."
Q: Qu'est-ce qui est différent, en Premier League?
R: "Par rapport à la France, ça se joue toujours dans une intensité réciproque, je dirais. C'est très rare que les adversaires nous laissent jouer, qu'ils se regroupent pour fermer les espaces, qu'ils ne jouent pas tous les ballons comme si c'était le dernier du match."
Q: Comment concilier l'envie d'aller loin en Ligue Europa et le besoin d'être compétitif en Première League ?
R: "Avec la qualité de l'effectif, la gestion des rotations, on s'attache à être performant dans les deux compétitions. C'est tellement tôt dans la saison, on n'est pas encore trop dans le calcul. L'idée en championnat, c'est de faire mieux que l'an dernier (15e place, ndlr). En Ligue Europa, faire le meilleur parcours possible. On se doit de réussir dans les deux compétitions."
Propos recueillis par Jérémy TALBOT
P.Thomas--SFF