Royaume-Uni: Nigel Farage face à Tête-de-poubelle dans une législative hors du commun
Nigel Farage, chef du parti anti-immigration Reform UK, espère jeudi être largement réélu lors d'une législative partielle en Angleterre, qu'il a lui-même déclenchée, où il a pour principal rival Count Binface, candidat fantaisiste portant une poubelle sur la tête.
Les bureaux de vote ouvriront à 07H00 (06H00 GMT) à Clacton, dans le sud-est de l'Angleterre, pour cette élection singulière comptant un nombre record de 34 candidats, la plupart indépendants, peu connus et plusieurs aux profils satiriques.
Les partis traditionnels, travaillistes, conservateurs et libéraux-démocrates, ont déclaré boycotter le scrutin dès que Nigel Farage a annoncé le 7 juillet sa démission du Parlement - ce qui a automatiquement déclenché cette élection anticipée - et sa candidature.
Cette législative est celle du "peuple de Clacton contre l'establishment", clame cette figure de la politique britannique, ex-héraut du Brexit, dont le parti Reform UK a connu une ascension spectaculaire depuis deux ans et a remporté des élections locales en mai.
Nigel Farage, 62 ans, a provoqué l'élection après avoir été rattrapé par des affaires de dons non déclarés.
Le gendarme de l'éthique parlementaire enquête sur un don de cinq millions de livres (5,7 millions d'euros) qu'il a reçu d'un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, Christopher Harborne, peu avant son élection comme député à Clacton en juillet 2024.
Selon le Times, Farage aurait également reçu un don non déclaré de George Cottrell, entrepreneur en cryptomonnaies condamné pour fraude aux Etats-Unis en 2017.
"L'establishment a décidé de lancer une offensive tous azimuts contre nous", a affirmé Nigel Farage. "Que le peuple soit mon juge et non l'élite de Westminster", a-t-il dit.
Clacton-on-Sea est une station balnéaire décatie qui a voté massivement pour le Brexit en 2016. Nigel Farage y a été pour la première fois élu député en 2024 après sept tentatives.
- "Ridiculisé" -
Les sondages le donnent vainqueur. Mais l'ampleur de sa probable victoire, le taux de participation et le nombre de bulletins nuls vont être examinés de près.
Le score de Count Binface (le comte Tête-de-Poubelle, en français) sera également très suivi. Parmi les promesses de ce candidat qui se présente comme un "guerrier spatial intergalactique": "nationaliser" la chanteuse Adele ou "boucher tous les nids de poule avec le programme du Labour de 2024".
"Count Binface, vous portez les espoirs de la nation. Ne nous décevez pas", a lancé, sourire aux lèvres, le travailliste Andy Burnham en juillet, quelques jours avant d'être nommé Premier ministre.
Pour Stjin Van Kessel, professeur en politique comparée à l'université Queen Mary à Londres, "la tentative de Nigel Farage de transformer cette élection partielle en bataille politique majeure a échoué (...) Une grande partie de l'attention se reporte sur le candidat satirique Count Binface, au détriment de Farage, qui en ressort quelque peu ridiculisé".
S'il perdait, "ce serait une fin tout à fait humiliante – et hilarante – de sa carrière politique", souligne Peter Dorey, professeur à l'université de Cardiff, spécialisé dans la politique britannique.
Le résultat de l'élection "dépendra en grande partie du nombre d'électeurs de Reform UK qui se détourneront de Farage en raison de la controverse (sur les dons, ndlr), et du nombre de ceux qui lui resteront fidèles parce qu'ils estiment qu'il est victime d'une chasse aux sorcières", souligne-t-il.
Cette législative partielle se tient alors que pour la première fois depuis plus d'un an, les travaillistes sont récemment repassés devant Reform UK dans des sondages.
Le Labour bénéficie de l'espoir porté par l'arrivée à Downing Street d'Andy Burnham le 20 juillet.
Des commentateurs s'interrogent pour savoir si Reform UK a désormais atteint son pic, alors que les prochaines élections législatives au Royaume-Uni ne sont pas attendues avant 2029.
Si Nigel Farage est réélu à Clacton, l'enquête parlementaire sur les dons, suspendue après sa démission, pourra reprendre.
Si elle devait conclure à une faute sérieuse, il pourrait être démis de son siège pour plus de 15 jours, ce qui déclencherait une nouvelle élection. Les partis traditionnels ont déjà annoncé qu'ils présenteraient alors des candidats.
R.Baker--SFF