Sur un lac varois, les gendarmes aux aguets contre le feu
A la nuit tombée, deux gendarmes, jumelles en main, scrutent les rives du lac de Sainte-Croix, aux portes des Gorges du Verdon, à la recherche d'éventuels campeurs. Leur mission : prévenir tout bivouac illégal susceptible de provoquer un départ de feu dans les massifs environnants.
Entre 20H00 et 01H00, accompagnés d'une éco-garde du parc régional du Verdon, ils effectuent plusieurs fois par semaine des rondes en bateau pneumatique sur le plan d'eau à cheval entre le Var et les Alpes-de-Haute-Provence, particulièrement prisé l'été, avant d'éventuellement accoster pour sensibiliser le public. Voire parfois sévir.
"On va vous demander de quitter cet endroit pour aller bivouaquer sur une autre partie", lance le gendarme à un couple de vingtenaires, installé sous un abri de fortune composé de branches de bois mort.
Coopératifs, ils sont soulagés de ne pas avoir reçu d'amende : "Avec tout ce qu'il se passe, on ne peut qu'être d'accord avec eux", reconnaît Pauline Six, en référence aux feux de forêt qui ont déjà brûlé 93.000 hectares cette année, un record, selon le système européen de surveillance des feux (Effis).
"Ils font un super travail. On va s'en aller, c'est dommage, mais on va respecter ce qu'ils nous ont dit", ajoute-t-elle.
Le camping sauvage est interdit sur les berges des lacs et dans les gorges du parc régional du Verdon.
Les contrevenants risquent une amende de 135 euros, comme un groupe de huit hommes venant de Marseille, un peu éméchés et installés sur des chaises de camping à côté de tentes.
Même si aucun feu n'est allumé, "le camping, avec l'installation que vous avez, c'est interdit", leur lance le major Mickaël Michelin de la gendarmerie du Var.
Malgré l'utilisation de bouteilles en plastique "pour jeter les mégots", selon l'un des contrevenants, Hugo, ils seront verbalisés pour leurs tentes mais aussi les cigarettes, car il est interdit de fumer dans cette zone à fort risque d'incendie.
- Dispositif concluant -
Depuis début 2026, la gendarmerie du Var a relevé 310 infractions relatives à la protection de ses massifs forestiers. Sur les lacs de Sainte-Croix et son voisin d'Artignosc, 89 infractions similaires ont été relevées.
La détection de "tout comportement à risques" est "primordiale" dans ce département, "soumis à un risque d'incendie de forêt très important", souligne le colonel Grégory Goumain, commandant de la gendarmerie du Var.
"Notre objectif, c'est que le soir quand on +ferme+ les portes du lac, il n'y ait plus personne", ajoute-t-il à l'AFP. "On s'adapte aux conditions météo en concentrant les efforts les jours de fortes chaleurs et de grand vent".
Le Var, tout comme une dizaine d'autres départements du Sud-Est, est en vigilance orange pour la canicule ce week-end et lundi.
Le dispositif, déployé tous les étés depuis trois ans sur ce lac, a fait ses preuves, se félicite M. Goumain.
Le dernier grand feu des environs, à l'été 2005, avait démarré de la commune voisine de Gréoux-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), avec plus de 2.000 hectares ravagés autour du lac d'Esparron.
Les patrouilles s'inscrivent dans un dispositif plus large, "l'opération Nemus", lancée début août. Quelque 330 gendarmes mobiles -à pied, VTT, cheval...- sillonnent les massifs forestiers les plus à risque du sud de la France pour tenter de réduire le nombre de départs de feu d'origine humaine grâce à la prévention et la dissuasion.
Des moyens aériens (hélicoptères équipés de caméras thermiques ou drones) peuvent aussi être utilisés pour la détection puis la surveillance de foyers naissants.
N.Wilson--SFF