Autoriser ou non à chasser les animaux ayant survécu aux incendies ? Le débat monte
Devant les images de chevreuils ou de biches fuyant des forêts dévastées par les flammes, la mobilisation prend de l'ampleur pour faire interdire la chasse sur les territoires touchés par les incendies à l'ouverture de la saison en septembre.
"Derrière les arbres calcinés, il y a des survivants. Des animaux qui ont échappé aux flammes par miracle, épuisés, affamés, privés de leurs abris et de leurs points d'eau. Pour eux, chaque jour est une lutte pour la survie", est-il écrit sur l'une des pétitions sur le sujet, publiée en ligne sur le site Change.org le 14 juillet.
Le décompte des signataires s'est envolé à mesure que le nombre d'hectares en feu a grandi sur le territoire au fil des jours, et affiche jeudi près de 300.000 signatures.
"Il est inadmissible que l'on autorise la traque là où la nature tente de renaître", est-il écrit dans ce texte initié par un homme se présentant comme gérant d'un refuge personnel pour animaux en Auvergne. Sa pétition réclame l'interdiction de la chasse dans tous les massifs forestiers ayant subi des incendies, et un moratoire de trois ans minimum, le temps que la végétation se régénère.
- Dégâts "catastrophiques" -
Tout décompte des animaux morts à cause des incendies est impossible à ce stade, mais les dégâts s'annoncent "catastrophiques", de l'avis de la ministre de la Transition écologique Monique Barbut lundi.
Pour le directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Cédric Marteau, interrogé par l'AFP, il ne faut pas ouvrir la saison de la chasse dans les zones sinistrées afin de "laisser les populations se reconstituer". "Il est temps de faire une pause, ne rajoutons pas de pression sur des animaux déjà en détresse", ajoute-t-il.
"Il faut regarder au cas par cas", affirme de son côté à l'AFP Dominique Py, chargée des questions de chasse et de faune sauvage à la fédération France Nature Environnement (FNE), qui se dit favorable à des restrictions "si cela s'avère nécessaire".
La décision d'autoriser ou non la chasse sur un territoire relève "exclusivement de l'appréciation des préfets", réagit le ministère de la Transition écologique, interrogé par l'AFP.
Qui rappelle les textes officiels: "l'article R424-3 du code de l'environnement prévoit que, en cas de calamité naturelle telle qu'un incendie, le préfet peut suspendre l'exercice de la chasse, partiellement ou totalement, pour tout ou partie du département concerné".
- Crise émotionnelle -
"Laissez les gens qui savent se débrouiller sur les territoires", tonne de son côté le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, interrogé par l'AFP, qui dit regretter un "contexte de misère, de crise émotionnelle très forte" utilisé par les promoteurs de ces appels à interdire la chasse.
"Evidemment qu'il y a plein d'endroits où il n'y aura pas de chasse, c'est tellement de bon sens", ajoute-t-il, jugeant que "ce n'est pas simplement le périmètre de ce qui a pu brûler qui doit être interdit à la chasse de certaines espèces".
"On tient déjà compte de plein de facteurs, et là on va rajouter le facteur feu", précise encore Willy Schraen, estimant qu'"il y a des espèces qui ne sont pas chassables, d'autres qui le seront parce qu'elles n'ont pas été tellement touchées".
Les sangliers, les biches ou les cerfs ont par exemple pu être moins touchés que les chevreuils, met-il en avant, sous réserve que cela se vérifie une fois les terrains devenus accessibles à nouveau.
Pas question en revanche de toucher au lancement de la saison de la chasse selon le représentant des chasseurs, à l'heure où Dominique Py de la fédération France Nature Environnement appelle à prendre le temps de revoir les plans de chasse dans les départements touchés par les incendies, quitte à décaler l'ouverture de la saison.
R.Moore--SFF