Hongrie : la majorité pro-UE supprime des lois anti-LGBT+ d'Orban
Le parlement hongrois a supprimé mardi une partie des lois anti-LGBT+ adoptées pendant les mandats du nationaliste Viktor Orban et condamnées par la justice européenne.
Les députés ont adopté, par 139 voix pour et 51 contre, le texte qui abolit la législation interdisant depuis 2021, au nom de la "protection de l'enfance", l'évocation de l'homosexualité et de l'identité de genre auprès des mineurs.
Il s'agit du premier signe clair d'un changement de politique concernant les droits LGBT+ en Hongrie depuis l'arrivée au pouvoir du conservateur pro-européen Peter Magyar en mai.
Au lieu d'interdire la "représentation" ou la "promotion" de la diversité sexuelle et de genre dans les contenus accessibles aux enfants, la nouvelle loi visera simplement à protéger les moins de 18 ans contre les supports susceptibles de "compromettre gravement le développement physique, intellectuel, émotionnel ou moral de l'enfant".
Peter Magyar a remporté une victoire écrasante aux législatives d'avril, mettant fin à seize années de pouvoir d'Orban, qui avait adopté l'une des approches les plus restrictives d'Europe en matière de droits LGBT+.
L'Union européenne a salué mardi un "signal important d'engagement en faveur de nos valeurs communes". "Les droits des personnes LGBT+ sont des droits fondamentaux au sein de l'UE", ont souligné les commissaires Hadja Lahbib et Michael McGrath dans une déclaration commune.
Peter Magyar n'a pas abordé les droits LGBT+ durant sa campagne électorale, même s'il a depuis adopté un ton conciliant et manifesté sa volonté de revoir certaines politiques de l'ère Orban.
Avant le vote de mardi, il a présenté les changements envisagés non comme un rétablissement des droits LGBT+, mais comme un renforcement des règles de protection de l'enfance "indépendamment de l'orientation sexuelle".
La secrétaire d'État aux Affaires sociales et familiales, Szilvia Gyurko, a confirmé mardi, dans un entretien avec l'AFP, que l'objectif était de rétablir "un cadre réellement centré sur les enfants et la protection des enfants."
"Notre objectif fondamental était de nous éloigner d'un paradigme erroné, qui établissait un lien entre la protection de l'enfance et l'orientation sexuelle ou les identités de genre", a-t-elle ajouté.
Le parti de Viktor Orban, Fidesz, a voté contre l'amendement, accusant le gouvernement d'avoir "vidé de sa substance" la loi initiale sous la pression de l'UE.
Cependant, le parti au pouvoir, Tisza, dispose d'une confortable majorité des deux tiers, qui lui a permis de faire adopter le texte sans le soutien de l'opposition.
- "Il reste beaucoup à faire" -
Viktor Orban avait progressivement restreint les droits LGBT+ en Hongrie, à commencer en 2020 par l'interdiction de la reconnaissance juridique des personnes transgenres.
La législation anti-LGBT+ avait été introduite l'année suivante sous la forme d'un ajout aux règles existantes de protection de l'enfance, officiellement destiné à lutter contre la pédocriminalité.
Elle interdisait l'évocation, auprès des moins de 18 ans, de l'homosexualité et d'une identité de genre différente du sexe assigné à la naissance.
Le texte avait suscité l'indignation des militants et de nombreux dirigeants de l'UE, qui dénonçaient la stigmatisation des personnes LGBT+ et l'amalgame établi entre relations homosexuelles et pédocriminalité.
L'an dernier, la législation avait été encore durcie pour servir de fondement à l'interdiction des marches des fiertés.
En avril, la Cour de justice de l'UE (CJUE), la plus haute juridiction de l'Union, a estimé que la loi de 2021 violait "l'identité même" du bloc.
À la suite de cet arrêt, la police a autorisé cette année les marches des fiertés.
Avant le vote de mardi, Tamas Dombos, du groupe de défense des droits Hatter Society, a déclaré à l'AFP que la modification de la loi constituait "incontestablement une avancée importante et positive".
Les changements suppriment des "dispositions homophobes et transphobes", a-t-il ajouté, estimant toutefois qu'"il reste encore beaucoup à faire".
"Il reste encore un très grand nombre de lois à amender, et nous ne savons pas si le gouvernement travaille là-dessus", a ajouté le militant des droits LGBT+, citant par exemple l'impossibilité pour les personnes transgenres d'obtenir une reconnaissance légale, même après une transition, ou pour les couples de même sexe d'adopter.
Z.Sanchez--SFF