A Cuba, le courant peu à peu rétabli après une nouvelle panne totale
Cuba a commencé lundi à rétablir son réseau électrique après une nouvelle coupure généralisée la veille au soir, la sixième depuis le début de l'année dans l'île, confrontée à une très grave crise énergétique et à la pression de Washington.
Plongée dans une profonde crise économique depuis cinq ans, Cuba subit régulièrement des coupures de courant totales ou partielles en raison de l'infrastructure obsolète et de la pénurie de carburant, laquelle s'est aggravée depuis janvier et le blocus pétrolier imposé part les Etats-Unis.
Dans la nuit de dimanche à lundi, la compagnie d'électricité publique UNE a annoncé sur les réseaux sociaux une "déconnexion totale" du système électrique national qui a plongé le pays dans l'obscurité, y compris la capitale, La Havane.
Il s'agit de la sixième coupure à l'échelle nationale depuis le début de l'année, dont trois en juillet et en moins de dix jours, et de la 11e de cette ampleur depuis fin 2024.
Samedi soir, déjà, l'ouest de Cuba avait été frappé par une panne d'électricité généralisée. Le courant avait été rétabli dimanche.
Lundi matin, environ 23% de La Havane disposait à nouveau de l'électricité.
Les Cubains ne cachent pas leur lassitude et leur impuissance face aux coupures qui, ces dernières semaines, ont dépassé les 30 heures consécutives dans la capitale. Dans l'intérieur du pays, elles peuvent se prolonger plusieurs jours.
"Depuis vendredi, je n'ai eu qu'une heure et demie d'électricité, il n'y a pas d'eau, il n'y a rien, ce que vivent les Cubains, ce n'est pas une vie", a déploré auprès de l'AFP Mayra Rodriguez, une comptable de 43 ans.
Avec ses deux jeunes enfants, elle dort sur le balcon de son appartement pour supporter la chaleur des nuits d'été.
- "Insoutenable" -
Les habitants des zones les plus touchées ont laissé éclater leur colère en mettant le feu à des ordures ou en frappant sur des casseroles.
Carlos Dueñas, un mécanicien de 62 ans, dit se sentir épuisé par une situation devenue "insoutenable". "Personne ne dit quand la situation pourrait s'améliorer. En attendant, nous devons tenir bon, tout le monde n'a pas les moyens d'acheter des panneaux" solaires, a-t-il expliqué.
La Havane accuse Washington d'être responsable de cette crise énergétique, quand les Etats-Unis l'attribuent à une mauvaise gestion économique.
Les sept centrales thermoélectriques, qui constituent la colonne vertébrale du réseau national cubain, sont vieilles de plus de 40 ans et connaissent fréquemment des pannes.
Les coupures de courant se sont aggravées depuis janvier, lorsque Washington a imposé à l'île un blocus pétrolier qui complique l'approvisionnement en carburant de ces centrales et des générateurs de secours.
Les relations entre les Etats-Unis et Cuba se sont considérablement tendues depuis le début de l'année, notamment après la capture par Washington du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié du gouvernement cubain.
Donald Trump estime que l'île communiste, située à 150 kilomètres des côtes de Floride, constitue "une menace extraordinaire" pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Il a plusieurs fois averti qu'il pourrait en "prendre le contrôle".
En plus du blocus pétrolier, l'administration Trump a renforcé les sanctions contre les entreprises publiques cubaines, ce qui a conduit de nombreuses sociétés étrangères à suspendre leurs activités dans le pays, réduisant ainsi l'entrée de devises.
Fin juin, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a estimé qu'il n'y avait "aucun progrès" dans les discussions avec Washington.
Entre-temps, La Havane a lancé, en juin, un vaste programme de réformes en faveur de l'économie de marché pour tenter de mettre fin à la crise.
J.Peterson--SFF