Nigeria : les 37 détenus morts avaient du mal à respirer et ont appelé à l'aide selon les survivants
"Nous hurlions que des gens étaient en train de mourir", mais les gardiens "ne nous ont pas crus" : des survivants ont raconté vendredi les conditions dans lesquelles sont morts 37 orpailleurs présumés illégaux, entassés en détention par des paramilitaires à Minna, au centre du Nigeria.
Minna, la capitale de l'Etat du Niger, était vendredi sous tension à la suite de ce drame et des témoignages des survivants. La police a ouvert le feu sur des manifestants, selon des témoins. Une foule en colère a bloqué une importante artère, attaqué une gare routière, une banque, des bureaux de partis politiques et des commerces privés.
On ignorait dans l'immédiat si les forces de l'ordre avaient tiré des balles en caoutchouc ou des munitions réelles. Le gouvernement a imposé un couvre-feu du crépuscule à l'aube pour contenir les troubles. Un commandant de la défense civile a été suspendu.
Le président Bola Tinubu a ordonné une enquête "approfondie", "urgente", "complète et transparente" sur les décès de jeudi.
L'Etat du Niger, dont la superficie est plus de deux fois supérieure à celle de la Belgique, est riche en minerais et attire des milliers de mineurs artisanaux, dont la plupart sont attirés par l'espoir de trouver de l'or.
Les témoignages des survivants laissant entendre que les mineurs auraient pu suffoquer dans des cellules surpeuplées ont alimenté vendredi la colère populaire.
"Tout à coup, nous nous sommes rendus compte que nous ne pouvions plus respirer et nous nous sommes tous rués pour trouver de l'air frais. Nous leur avons même lancé des appels à plusieurs reprises, nous avons frappé à la porte de la cellule, mais ils ont refusé de nous répondre", a poursuivi ce rescapé.
"À plusieurs reprises, nous avons alerté que certaines personnes étaient déjà en train de mourir de suffocation, personne ne nous a répondu", a-t-il ajouté.
- Surpopulation -
Un autre survivant, qui a demandé à rester anonyme, a expliqué qu'il s'en était sorti vivant parce qu'il se trouvait près de l'entrée de la cellule, où il pouvait mieux respirer. "Nous hurlions que des gens étaient en train de mourir", mais les gardiens "ne nous ont pas crus".
Un autre homme a raconté au gouverneur de l'Etat, Mohammed Umaru Bago, que leur cellule était surpeuplée et qu'on leur avait ordonné de rester debout pour qu'ils puissent tenir. "Ils ont verrouillé la porte puis ont pulvérisé une sorte de parfum et certains ont commencé à s'effondrer", a-t-il déclaré en haoussa.
Leurs gorges et leurs yeux étaient douloureux : "Certains d'entre nous n'arrêtaient pas d'éternuer et de tousser".
"Le fait que ces personnes soient soupçonnées de pratique minière illégale ne leur retire pas leur droit à la vie, à la dignité et à un traitement humain", a souligné le chef de l'Etat.
"Nous ne tolérerons pas des décès résultant de négligence officielle, d'abus, de manquements au devoir ou de l'incapacité de responsables publics à protéger des vies placées sous leur responsabilité", a-t-il insisté.
Un rapport de renseignement consulté par l'AFP estime que les morts sont dues "à la surpopulation et à une ventilation insuffisante au sein d'un centre de détention", bien que les paramilitaires ayant appréhendé ces personnes aient initialement imputé ces décès à une maladie.
Les victimes étaient détenues dans des locaux du Corps de sécurité et de défense civile du Nigeria (Nigeria Security and Civil Defence Corps, NSCDC), un groupe paramilitaire qui collabore avec la police pour assurer la sécurité, protéger les actifs nationaux sensibles et les infrastructures.
Dans cette région, la majeure partie de l'or illégalement extrait est transférée aux Emirats arabes unis, et introduite sur le marché mondial de l'or en Europe, aux Etats-Unis, en Asie et en Afrique du Sud, selon un rapport de 2024 de l'ONG SwissAid.
Le sol de cet Etat est également riche en cuivre et en lithium, une ressource qui fait l'objet d'une forte demande pour le développement des batteries et véhicules électriques.
J.Scott--SFF