Génocide des Yazidis: réclusion criminelle à perpétuité requise à Paris contre le jihadiste Sabri Essid
La réclusion criminelle à perpétuité a été requise vendredi à Paris dans le procès du jihadiste français Sabri Essid, jugé par défaut pour sa participation au génocide de la minorité religieuse des Yazidis en zone irako-syrienne au milieu des années 2010.
Sabri Essid, présumé mort en Syrie où il avait rejoint les rangs de l'Etat islamique (EI), a été un "maillon incontournable de la chaîne criminelle" qui a mis en oeuvre la politique d'extermination des Yazidis, a déclaré l'avocate générale Sophie Havard, demandant à la cour d'assises de Paris de le reconnaître coupable de génocide, crimes contre l'humanité et complicité de ces crimes.
Cet homme, né à Toulouse en 1984 et connu en Syrie sous le nom de Abou Dojanah al-Faransi, est une figure centrale du jihadisme français proche notamment des frères Clain, les voix de la revendication des attentats du 13 novembre 2015 en France.
Il est accusé d'avoir participé à la "politique d'asservissement" des Yazidis menée par l'EI, qui considérait les membres de cette communauté kurdophone adepte d'une religion pré-islamique comme des hérétiques, notamment en achetant plusieurs captives de cette communauté sur des marchés et en les soumettant à de l'esclavage sexuel, entre 2014 et 2016.
S'il ne "lui est pas reproché d'avoir été une tête pensante de la politique d'extermination" de cette communauté, il y a "activement participé", a souligné la représentante du ministère public dans ses réquisitions, estimant que cet "homme profondément violent, déterminé à briser l'humanité de ses victimes" était "un homme qui incarne le génocide".
Elle a observé que la cour d'assises de Paris se prononcerait pour la première fois en France sur "l'existence de ce génocide", et qu'elle devrait faire émerger "une vérité judiciaire pour les victimes, pour la conscience universelle et pour l'histoire".
"Dans ce génocide, le meurtre n'a pas été la principale méthode", a-t-elle expliqué. "Plusieurs politiques se sont imbriquées", dont "la politique d'extermination et la politique de réduction en esclavage, qui doit aussi mener in fine à la mort", a-t-elle détaillé.
Il s'agit du premier procès du genre en France. Mais plusieurs condamnations de membres de l'EI pour le génocide des Yazidis ont été prononcées en Europe ces dernières années, la première en Allemagne en 2021, puis l'an dernier en Suède et en Belgique.
U.Campbell--SFF