Le navigateur Kevin Escoffier jugé à Lorient pour quatre agressions sexuelles
Près de trois ans après les premières accusations portées à son encontre, le navigateur français Kevin Escoffier comparaît lundi devant le tribunal correctionnel de Lorient pour des agressions sexuelles sur quatre femmes, en France et à l'étranger, qu'il conteste.
Le skippeur breton, figure de la course au large, aura à coeur de s'expliquer sur ces accusations à l'occasion de ce procès, qu'il attend depuis longtemps, a assuré à l'AFP son avocate, Me Virginie Le Roy.
Kevin Escoffier sera notamment confronté à l'ancienne attachée de presse de son équipe. Dans sa plainte, cette Française aujourd'hui âgée de 33 ans affirme avoir été agressée par lui dans un bar de Newport (Etats-Unis) en mai 2023 lors d'une étape de l'Ocean Race, une course autour du monde en équipage.
"Si ce procès a lieu aujourd'hui, c'est parce que ma cliente a été la première à dénoncer les agressions sexuelles qu'elle a subies. Son courage a rendu cette action en justice possible", souligne son avocate, Me Caroline Toby.
Avant l'ouverture du procès prévue à 13h30, le collectif féministe NousToutes Lorient a appelé à un rassemblement devant le palais de justice pour soutenir les victimes et "briser le silence sur les violences qui règnent sur le milieu de la course au large".
Kevin Escoffier avait été placé en garde à vue en février 2025 dans le cadre d'une enquête ouverte en juillet 2023 par le parquet de Paris puis transférée à celui de Lorient.
Ingénieur naval et membre d'une illustre famille de marins bretons, il s'est fait connaître du grand public en frôlant la mort en novembre 2020 durant le Vendée Globe. Naufragé lors d'une tempête au large du Cap de Bonne-Espérance, il avait sauté dans son radeau de survie avant d'être secouru in extremis par son concurrent Jean Le Cam.
- Quatre plaintes -
L'enquête s'est appuyée sur les plaintes de quatre femmes qui dénoncent des agressions sexuelles de la part de M. Escoffier à différents endroits: Newport mais aussi Lorient, le Brésil et Melbourne (Australie).
Au moins une partie des faits aurait été commise alors que le skipper était en état d'ébriété, selon des témoignages.
Le Canard Enchaîné avait été poursuivi en diffamation par Kevin Escoffier pour un article évoquant l'agression présumée de Newport et un "#MeToo de la Voile" en octobre 2023.
Le journal a été relaxé en mai 2025 par le tribunal correctionnel de Paris qui a reconnu que l'enquête reposait "sur un ensemble d'éléments croisés et recoupés".
La plaignante défendue par Me Toby avait été citée comme témoin lors de ce procès. Elle avait raconté à la barre comment, alors qu'elle cherchait son équipe dans le bar de Newport, elle avait rencontré Kevin Escoffier.
Tandis qu'elle s'apprête à une accolade avec le skipper, celui-ci lui "presse les seins avec ses mains", a affirmé la jeune femme. "Il commence à me palper une fesse, puis l'autre", "et sa main commence à remonter sous mon t-shirt".
Peu après la médiatisation des accusations contre lui en juin 2023, le navigateur avait quitté l'équipe du monocoque Holcim-PRB en pleine Ocean Race.
En octobre 2023, "compte tenu du faisceau d'indices portés à sa connaissance", la Fédération française de voile (FFVoile) avait suspendu le navigateur de toute compétition pour 18 mois et lui avait retiré provisoirement sa licence pendant cinq ans.
Mais elle a annulé ces mesures en mars 2024, invoquant un "vice de procédure".
S'il est reconnu coupable d'agression sexuelle par le tribunal de Lorient, Kevin Escoffier encourt une peine maximale de cinq ans de prison, voire sept ans si des circonstances aggravantes sont retenues.
Le jugement devrait être mis en délibéré à l'issue des débats lundi soir.
H.Reyes--SFF