Colère des lycéens: mobilisation en "net recul", appel à la grève en soutien au mouvement
La mobilisation lycéenne est en "net recul" mercredi à la mi-journée, affirme le ministère de l'Education, mais elle reçoit le soutien de plusieurs syndicats qui appellent à une journée de grève et de manifestations jeudi.
Selon le ministère, "459 établissements connaissent une suspension totale ou partielle des cours (276 totalement, 183 partiellement), contre 891" mardi: les "actions et perturbations reculent elles aussi de plus de moitié", avec "232 établissements concernés" depuis mercredi matin, contre 496 mardi à la même heure.
Entre deux journées de mobilisation, le gouvernement multiplie les signes d'apaisement à l'attention de jeunes qui, pour certains, ont repris le chemin des cours mais pour d'autres continuent les blocages.
Le Premier ministre appelle les élèves à s'exprimer au sein de leurs établissements et sur la plateforme mise en ligne lundi soir par le gouvernement pour recueillir leurs doléances, et à l'organisation de demi-journées "banalisées", sans cours, dans les lycées pour permettre aux élèves et personnels de faire remonter leurs difficultés.
Dans un autre geste d'apaisement, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l'usage des grenades assourdissantes après qu'un manifestant de 15 ans a eu la main arrachée lundi à Lens.
Il a précisé qu'à ce stade, 18 enquêtes de la "police des polices" avaient été ouvertes. En tout, 215 élèves et 85 personnels de l'Education ont été blessés, ainsi que près de 800 policiers et gendarmes.
- "Noyer le poisson" -
Les demi-journées de cours banalisées sont toutefois, aux yeux de Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne, une "tentative de museler le débat, de noyer le poisson et de gagner du temps".
Les ministres "ne prennent pas au sérieux" les élèves, juge Clara (prénom modifié), en seconde au lycée Condorcet à Paris. Devant son établissement bloqué, elle estime que ces temps d'échanges ne seront "intéressants" que s'ils débouchent sur "des mesures concrètes".
Le principal syndicat des chefs d'établissement, le SNPDEN-UNSA, refuse de mettre en place cette journée et exige d'être reçu, avec des élèves, par le président de la République.
La journée de mobilisation nationale de mardi a rassemblé entre 266.000 à 450.000 manifestants, sans incidents majeurs.
"C'était pacifique, on a fait une chaîne humaine. Je me suis fait gazer, je n'ai jamais eu ça de ma vie", a dénoncé Linda, 16 ans, en terminale.
A Paris, plusieurs établissements restent bloqués par des lycéens, comme Hélène Boucher ou Voltaire où des poubelles bloquent à nouveau l'accès aux portes. Sciences Po Paris est également bloquée depuis mercredi matin avec un face à face entre les étudiants et les forces de l'ordre.
"La manifestation de (mardi) nous a boostés. La lutte continue. On va finir par être écoutés", veut croire Léa, devant les grilles du lycée Ozenne à Toulouse.
- Le sujet Parcoursup -
A Lyon, entre 200 à 300 lycéens sont réunis devant le lycée Ampère-Diderot, dont l’entrée est bloquée par des poubelles et des barrières métalliques enchevêtrées. "Si on s'arrête maintenant, le gouvernement va penser que la répression policière a marché pour faire taire les lycéens", estime Anna, élève de terminale.
Dès mardi, les différents syndicats ont appelé à la poursuite de la mobilisation "après le raz-de-marée du 6 octobre". "Dès demain, nous appelons encore à la mobilisation générale", a appelé Ryad Rani pour l'Union syndicale lycéenne. Le Snes-FSU, la CGT, FO et Sud appellent eux aussi à la grève.
Parmi leurs revendications, les lycéens demandent la suppression de Parcoursup, ce que refuse le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste, estimant que "cette question est d'une immense démagogie".
Un autre front s'est ouvert pour l'exécutif, l'enseignement supérieur, dont 40% des établissements étaient perturbés mardi, selon le ministère. Titulaire du portefeuille, Philippe Baptiste doit recevoir mercredi les organisations professionnelles puis étudiantes.
Selon l'Union étudiante, 80 campus universitaires étaient bloqués mercredi matin, 20 de plus que mardi. "On ne va rien arrêter", a affirmé sa porte-parole, Sabrine Kharbach.
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O.Anderson--SFF