Possible retour du Royaume-Uni dans l'UE: la musique change, mais Bruxelles attend les paroles
Le ton à Londres a changé, mais l'Union européenne affiche un flegme tout britannique, après les déclarations du Premier ministre du Royaume-Uni Andy Burnham évoquant un "Breturn", un retour de son pays dans l'UE.
"C'est positif et cela traduit un changement de ton attendu depuis longtemps", a indiqué à l'AFP un responsable européen, sous couvert d'anonymat.
"Mais nous n'allons pas changer notre approche simplement parce qu’il y a une jolie musique en fond sonore", a-t-il aussitôt ajouté.
"Welcome back !", a réagi de son côté Emmanuel Macron. Mais le petit sourire affiché par le président français traduisait aussi une certaine forme de satisfaction, teintée d'ironie, dix ans après un referendum qui a débouché en 2020 sur le Brexit, dont les effets sont loin d'être positifs pour le Royaume-Uni.
"Cela démontre au moins que le projet européen reste attractif", a assuré à l'AFP un diplomate européen.
Interrogé mercredi M. Burnham a cité plusieurs scénarios: le statu quo, un retour dans l'union douanière, dans le marché unique européen, "ou bien aller jusqu'au bout", c'est-à-dire réintégrer l'UE.
Officiellement la Commission européenne est prête à "examiner les options" que Londres "pourrait proposer", selon l'un des ses porte-paroles.
Mais elle reste circonspecte sur sa volonté de compromis.
S'il s'agit de rejoindre l'Union douanière, alors il faudra que ce soit sans exemptions. Idem pour le Marché unique, a expliqué un diplomate européen à Bruxelles.
"On ne peut pas décider de prendre ce qui nous arrange et pas le reste", a aussi averti mercredi M. Macron.
- Sommet test -
Le vrai test sera déjà d'aboutir à un accord sur la date d'un sommet entre l'UE et le Royaume-Uni, déjà reporté cet été. Il pourrait désormais avoir lieu autour du 20 novembre. Et avant ce rendez-vous, Bruxelles estime que la pression est plutôt sur Londres. L'UE n'est pas prête à faire des concessions sans "avancées significatives", notamment sur la question de la mobilité des jeunes européens, souligne-t-on à Bruxelles.
Et il faudra aussi trouver un accord sur les mesures phyto-sanitaires concernant les produits britanniques, et un autre sur l'harmonisation du marché du carbone.
Or, les discussions s'éternisent sur ces sujets depuis plus d'un an, sans réelle percée.
Et c'est sans compter avec le sujet qui fâche: le "made in Europe", la préférence européenne dans certains secteurs industriels, défendue par l'Union européenne, et dont le Royaume-Uni entend bien ne pas être exclu.
Mais l'arrivée d'un nouveau Premier ministre à Londres, pourrait changer la donne. Une réussite de ce sommet, s'il est confirmé, peut "servir à rétablir la confiance et à repartir sur de meilleures bases", juge ainsi Sébastien Maillard, expert du groupe de réflexion britannique Chatham House.
L'hypothèse d'une réadhésion paraît en tout cas totalement "irréaliste", selon ce chercheur. "C'est trop gros, trop tôt", a-t-il résumé, dns un entretien avec l'AFP.
La perspective d'une reprise éventuelle des discussions pour un "Breturn" ne suscitent d'ailleurs guère l'enthousiasme à Bruxelles où le souvenir des années de discussions sur le Brexit reste vif.
Est-ce que la Grande-Bretagne serait prête à accepter des conditions plus défavorables, pour revenir dans l'UE, que celles dont elle bénéficiait avant le Brexit ?
Beaucoup à Bruxelles en doutent.
Malgré des décennies d'appartenance à la Communauté européenne puis à l'UE, Londres n'a jamais participé à l'euro où à l'espace Schengen, et avait même négocié du temps de Margaret Thatcher une ristourne sur sa contribution budgétaire (le fameux "rabais britannique").
Alors que faire ?
Les yeux se tournent vers le Canada, à qui Bruxelles a promis un statut de membre associé.
Et si cette promesse débouche sur un partenariat renforcé, elle pourrait alors servir de "modèle" pour d'autres partenaires de l'UE, à commencer par le Royaume-Uni, indique-t-on à Bruxelles.
Un sommet entre le Canada et l'Union européenne doit avoir lieu fin octobre à Montréal, soit un mois avant celui attendu entre l'UE et le Royaume-Uni.
J.Martinez--SFF