Argentine : TotalEnergies donne le ton avant la rencontre de Macron et Milei
Le géant pétrogazier français TotalEnergies a annoncé jeudi un investissement de près de 10 milliards de dollars en Argentine, peu avant une rencontre entre Emmanuel Macron et son homologue argentin ultralibéral Javier Milei destinée à renforcer les liens écoonmiques entre les deux pays, de l'énergie aux minerais critiques, au-delà des différends de fond sur le multilatéralisme et l'Europe.
Les deux dirigeants se retrouvent à 18H30 (16H30 GMT) à l'Elysée pour un entretien bilatéral suivi d'un échange avec des entreprises françaises déjà engagées en Argentine ou susceptibles d'y investir.
TotalEnergies, premier producteur étranger de gaz dans ce pays, va y investir pour sa part près de dix milliards de dollars au cours des prochaines années, sur trois projets déjà existants, a indiqué son PDG Patrick Pouyanné.
Javier Milei, fervent admirateur de Donald Trump, est en France jusqu'à samedi dans le cadre de "l'Argentina Week", un rendez-vous destiné à attirer des investissements européens dans son pays.
Emmanuel Macron, qui lui avait rendu visite en 2024, entend de son côté "maximiser les intérêts de la France auprès d'un pays important en Amérique latine", notamment dans les minerais critiques (lithium, cuivre..), a souligné l'Elysée.
La France, septième investisseur en Argentine, y est déjà présente dans les mines avec le groupe Eramet. Mais "il y a urgence" pour l'Europe à faire plus en matières de minerais critiques et terres rares, indispensables pour de nombreuses technologies, concède l'Elysée.
- "Energie abondante" -
Devant les participants à "l'Argentina Week", le président argentin, qui voyage avec une demi-douzaine de ministres, une dizaine de gouverneurs de provinces et des chefs de grandes entreprises, a vanté le potentiel du pays.
Face aux difficultés d'approvisionnement en gaz et pétrole causées par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, "l'Argentine peut et pourra vous offrir une énergie abondante, depuis une région pacifique, alignée sur les valeurs de l'Occident", a-t-il assuré.
Il a aussi vanté les réserves de cuivre, de lithium et d'uranium argentines, "parmi les plus grandes de la planète", et un secteur minier avec "une croissance annuelle à deux chiffres".
"Les acteurs agricoles argentins et européens peuvent se compléter" et "ne sont en aucun cas des ennemis", a-t-il également assuré, alors que l'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur a provoqué une levée de boucliers des agriculteurs en France.
La présidence française estime que "le bilan de cet accord, in fine, respectera nos intérêts" tout en assurant rester "très vigilante" sur ce point.
L'Elysée promet par ailleurs un échange ferme sur les sujets qui fâchent: ONU, Union européenne ou Malouines.
Javier Milei est un féroce critique de l'Europe qui est, selon lui, "en train de couler", entre "État-providence pervers" et "problème migratoire terrible".
- "Milei dehors !" -
"Le président Macron aura à cœur de lui dire que, quoi qu'il en pense et en dise publiquement, l'Union européenne est une institution importante dont nous souhaitons qu'elle joue tout son rôle sur la scène internationale", souligne un conseiller élyséen.
Le président argentin s'est aussi livré dernièrement à une violente charge contre l'ONU, depuis le siège même de l'organisation, la qualifiant d'"inutile" et au service d'une "caste de parasites", quand son homologue français a conclu son discours à la même tribune d'un "Vive les Nations unies".
L'Argentin Rafael Grossi, patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), n'en est pas moins candidat à la succession du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
"Le président argentin fait activement la promotion de la candidature d'un diplomate argentin de grand talent pour ce poste. Il y a quand même des zones de convergence sur lesquelles nous pouvons atterrir", suggère le conseiller d'Emmanuel Macron.
Sur les Malouines, archipel de l'Atlantique sud dont Buenos Aires et Londres se disputent la souveraineté, l'Élysée appelle au "calme et à la sérénité" ainsi qu'au "respect par l'Argentine" des procédures internationales pour le règlement des différends territoriaux.
Javier Milei, dopé par le soutien perçu de Donald Trump, a invoqué début septembre "des vents favorables" à la revendication historique de l'Argentine sur ces îles et annoncé des sanctions pour tout projet pétrolier britannique autour de l'archipel.
Élu en 2023 en brandissant une tronçonneuse contre "l'État ennemi" et la dépense publique, le président argentin, qui se décrit volontiers comme "anarcho-capitaliste", reste très clivant.
Mercredi soir, environ 150 manifestants ont protesté à Paris contre sa politique, scandant notamment "Milei dehors!", a constaté un journaliste de l'AFP.
F.Garcia--SFF