A Madrid, les militants du droit au logement se préparent à un long combat
Touristes et passants déambulent, prennent des photos, achètent une glace, filent vers le métro... et à quelques mètres, en plein coeur de Madrid, des centaines de militants du droit au logement préparent leur campement pour rester aussi longtemps que nécessaire afin de faire avancer leur cause.
"Nous sommes prêts. Les syndicats de locataires ont apporté des tentes, des sacs de couchage, des batteries portables — tout ce dont nous avons besoin pour être à l’aise", résume dimanche à l’AFP David Muller-Plantenberg, qui fait partie des centaines de manifestants qui ont campé sur la vaste Puerta del Sol dans la nuit de samedi, après une manifestation pour protester contre l’expulsion mercredi d’une femme de 87 ans, Maricarmen Abascal, du logement où elle avait vécu toute sa vie.
"Nous devons tirer le meilleur parti de l’attention portée au problème du logement après l’expulsion de Maricarmen, qui a tellement mis en lumière la réalité cruelle du business de l’immobilier", poursuit-il.
Des bananes, des pommes, des beignets, des briques de jus de fruit et d’autres en-cas sont mis à disposition des manifestants sur un grand stand central couvert d’une toile orange. Une pancarte manuscrite appelle aux dons de gants, de café, de lait, de crème solaire et de sacs poubelle.
Deux volontaires munis de balais et de pelles à poussière se déplacent entre les tentes pour ramasser les déchets, tandis que d’autres distribuent des bouteilles d’eau aux manifestants.
Assis par terre sur cette grande place de l'ultra centre touristique de Madrid, dont ils n'occupent qu'une partie, des dizaines de militants participent à un atelier sur la résistance pacifique. Un peu plus loin, d'autres peignent des banderoles avec des slogans pour décorer la place.
- "La goutte d'eau" -
"Nous resterons aussi longtemps que nécessaire", assure à l’AFP Alberto Macias, un moniteur de tennis de 24 ans, pour qui l'expulsion de Maricarmen Abascal est la "goutte d’eau qui fait déborder le vase": "Ils sont en train de chasser toute la classe ouvrière de nos quartiers, où nous avons toujours vécu".
La police a jusqu’à présent montré peu de signes laissant penser qu’elle envisageait de déloger de force les manifestants, avec peu d’agents visibles sur la place — un carrefour très fréquenté.
Dimanche, un agent fait une brève apparition sur le balcon du siège du gouvernement régional qui surplombe la place et prend plusieurs photos du campement de protestation.
Le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez devrait approuver un ensemble de mesures baptisé "décret Maricarmen" lors de son prochain conseil des ministres, mardi. Il devrait prévoir notamment le renouvellement automatique des contrats de location et de nouvelles restrictions aux expulsions --autant de mesures que devrait encore approuver le Parlement, où il n'a pas de majorité.
"Nous devrons voir ce que le décret contient réellement et comment ils essaient de nous le vendre", met toutefois en garde Sergio, un employé d'ONG de 28 ans, qui a refusé de donner son nom de famille.
Les locations touristiques de courte durée telles qu’Airbnb et les fonds d’investissement sont accusés de faire monter les prix et de réduire l’offre de logements disponibles pour les résidents.
Les militants réclament des contrats de location à vie, de fortes restrictions sur les augmentations de loyers et sur les locations d’appartements touristiques, ainsi qu’une augmentation massive des investissements dans le logement public.
"Nous ne nous contenterons pas de miettes", conclut Maria, 28 ans, membre d’un syndicat du logement à Moratalaz, un quartier du sud-est de Madrid.
F.Garcia--SFF