Nucléaire: l'EPR de Flamanville à l'arrêt samedi pour sa première inspection approfondie
L'EPR de Flamanville (Manche) va être mis à l'arrêt pour près d'un an à partir de samedi pour sa première visite complète, qui se traduira pour EDF par des milliers d'opérations dont certaines d'envergure, notamment le remplacement du couvercle de cuve du réacteur.
"On va faire trois grandes inspections" lors de cette "visite complète n°1", a rapporté Renaud Crassous, directeur adjoint performance de la division production nucléaire d'EDF.
"C'est une inspection approfondie de toute l'installation" qui représente un coût de "plusieurs centaines de millions d'euros", a-t-il ajouté. D'une durée prévue de 350 jours, elle est "réglementaire" comme pour l'ensemble des réacteurs du parc d'EDF et devait être engagée dans les 30 mois suivant le chargement du combustible de la centrale, le 8 mai 2024.
Le géant du nucléaire doit procéder à l'inspection de la cuve du dernier-né des réacteurs français, à celle du circuit primaire, qui récupère la chaleur produite par la réaction nucléaire, et vérifier l’étanchéité des circuits hydrauliques.
A cela s'ajoutera une opération d'envergure: le remplacement à la demande de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASNR) du couvercle de la cuve de l'EPR, qui assure l'étanchéité du circuit primaire, en raison d'anomalies connues de longue date.
Fabriqué par Framatome à Saint-Marcel (Saône-et-Loire), ce couvercle est un élément clé du réacteur. Il pèse près de 100 tonnes et mesure plus de 5 mètres de diamètre. Il accueille aussi les mécanismes de commande des grappes de contrôle, permettant de piloter la réaction nucléaire en toute sûreté, explique EDF.
L'ancien couvercle sera entreposé sur site durant 2 ans avant d’être évacué vers le centre de stockage de déchets radioactifs de l'Andra, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, dans l'Aube.
D'autres opérations moins importantes consisteront à modifier certains matériels, comme les échangeurs de refroidissement, le "contrôle commande", la salle de pilotage de la centrale.
- Objectif atteint -
L'ensemble représente 20.000 activités, mobilisera "environ 2.500 personnes" et 200 entreprises partenaires issues du tissu industriel d’EDF, notamment locales.
"C'est assez comparable à une visite décennale telle qu'on les fait aujourd'hui sur les réacteurs quand ils atteignent les 30 ou les 40 ans", a expliqué Renaud Crassous. "Il y a un nombre d'activités assez similaire à la visite décennale du réacteur de Paluel 1 (Seine-Maritime) qui vient de passer ses 40 ans" et a été recouplé au réseau il y a quelques jours.
La visite complète de Flamanville prendra toutefois un peu plus de temps que celles de centrales comme Chooz (Ardennes) ou Civaux (Vienne), d'une durée de 190 à 200 jours, en raison de "la quantité d'activité de contrôle" à effectuer, selon lui.
Le tout selon un planning "fiable et robuste qui est ordonnancé de manière à effectuer dans le bon ordre en toute sûreté les activités", a assuré Renaud Crassous.
Cette première phase d'exploitation a "permis de confirmer le bon comportement de l'installation" et "d'identifier toutes les améliorations qu'on pourrait apporter à certains équipements", selon le responsable d'EDF.
L'EPR de Flamanville a produit à ce jour 9,9 terrawattheures (TWh) d'électricité et atteint 100% de sa puissance le 14 décembre 2025. Pour la seule année 2026, il a dépassé son objectif de production.
"On avait comme objectif de produire sept TWh en 2026, on (l')a dépassé dès le 3 septembre", s'est-il réjoui. Le réacteur affiche une puissance électrique nette, celle injectée dans le réseau, de 1.600 mégawatts.
Premier réacteur nucléaire à démarrer depuis 25 ans en France, Flamanville 3 a été raccordé au réseau fin 2024, avec 12 ans de retard par rapport à la date prévue. Ses coûts ont explosé par rapport au devis initial de 3,3 milliards d'euros, estimés désormais par la Cour des Comptes aux alentours de 23,7 milliards d'euros aux conditions de 2023.
Construit face à la Manche aux côtés de deux autres réacteurs, c’est le plus puissant du parc nucléaire français.
Y.Gomez--SFF