La reprise d'entreprise, "grande cause économique nationale" des prochaines années pour Papin
Face à la vague inédite de chefs d'entreprise partant en retraite dans les dix ans, le ministre des PME Serge Papin érige le sujet des reprises d'entreprises en "grande cause économique nationale", pour aider notamment les dirigeants à anticiper la cession.
Quelque 500.000 dirigeants pourraient céder leur entreprise dans les dix ans, avec trois millions d'emplois concernés: "c'est un pivot générationnel et démographique qui peut se transformer en mur économique si on n'y prend pas garde", a expliqué le cabinet du ministre à l'AFP.
Le ministère va consacrer jeudi prochain une grande journée à ce sujet, avec plusieurs centaines de participants.
Car, y observe-t-on, "la transmission d'entreprise, ce n'est pas comme un déménagement, il faut souvent plusieurs années", pour trouver le repreneur solide qui ait de quoi acheter et réinvestir: "cela peut créer une angoisse chez les cédants, qui peut les bloquer dans leur cession", explique le ministère.
Une étude de Bpifrance Le Lab publiée fin novembre montrait aussi que de nombreux dirigeants avaient du mal à anticiper: 70% d'entre ceux prévoyant de transmettre dans plus d'un an avaient à peine commencé à réfléchir ou à collecter des informations.
Elle montrait aussi l'importance de la psychologie dans cette affaire. Tirer un prix de vente élevé de leur entreprise n'était cité que par 14% des cédants comme "critère prioritaire" dans la cession. Loin derrière la pérennité de l'entreprise et des emplois (48%), les qualités humaines du repreneur (40%), son expérience et sa compétence (38%) et sa solidité financière (29%).
- "Petits nouveaux" -
Les entreprises concernées par les cessions-transmissions sont généralement de petite taille: en 2023, 86% avaient moins de 10 salariés, selon une note de la direction générale des entreprises (DGE) en 2025.
Une raison de plus pour rendre le succès d'une transmission très dépendante des facteurs psychologiques.
Rémi et Gonzague, qui souhaitent reprendre une menuiserie de Seine-Saint-Denis, se le sont fait rappeler jeudi par le jury, lors d'une séance de demande de prêt d'honneur auprès de l'association d'aide à l'entrepreneuriat Initiative.
"Il faudra que vous fassiez attention à la personne qui dirige aujourd'hui les opérations" aux côtés du patron partant en retraite, leur a conseillé un des chefs d'entreprise présents dans le jury. "Car cette personne-là est chez elle. Vous, vous êtes les petits nouveaux, donc il va falloir ménager les choses pour que ça se passe le mieux possible".
L'Etat "garde du recul", indique le ministère des PME, mais il s'intéresse au sujet "en raison de l'impact de ces mouvements sur l'aménagement du territoire, voire sur la souveraineté du pays".
Des annonces sont attendues jeudi. Serge Papin, lui-même connaisseur de ces sujets par son expérience à la tête de Système U, avait envisagé fin mars une réforme facilitant la reprise par les salariés, de même que le Pacte Dutreil facilite déjà, depuis 2003, la transmission aux enfants grâce à une réduction de 75% de l'assiette taxable à l'impôt.
- Rapport distant -
L'évènement de jeudi a pour but "de mettre tout le monde autour de la table", explique le cabinet. Outre le fait qu'y seront divulgués les résultats de la mission sur les reprises lancée en juillet dernier par Véronique Louwagie, alors ministre des PME, des témoignages y seront entendus et des tables rondes réuniront les acteurs concernés: patronat, chambres de commerce et des métiers, banques publiques, élus, notaires, experts-comptables...
Des professionnels de l'éducation et de la formation seront aussi présents.
Car on estime au ministère que les jeunes, dont certains entretiennent parfois avec le travail salarié "un rapport un peu distant" et qui participent largement à la création de plus d'un million de nouvelles entreprises chaque année, pourraient aussi être intéressés par les reprises.
La "grande cause économique nationale" des reprises devrait se décliner dans les prochains mois via notamment des campagnes de communication des parties prenantes. Devant la vague à venir, "pas question de juste regarder les trains passer", conclut le cabinet.
Q.Nelson--SFF