L'or et l'argent au sommet avec les menaces contre la Fed, les Bourses prudentes
L'aversion pour le risque règne sur les marchés financiers lundi après les menaces de poursuites contre la Fed pour fraude par le ministère de la Justice américain, poussant l'or et l'argent à de nouveaux sommets historiques et pesant sur les Bourses.
Vers 12H40 GMT, l'once d'or prenait 1,68% à 4.585,20 dollars, peu après avoir bondi à un nouveau sommet historique à 4.599,87 dollars, et celle d'argent grimpait de 5,30% à 84,085 dollars après avoir touché un nouveau record à 84,609 dollars.
"Les métaux précieux bénéficient d'un nouveau regain d'aversion au risque" après les menaces judiciaires contre la Réserve fédérale américaine (Fed), commente Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.
Le président de l'institution Jerome Powell a annoncé dimanche que la banque centrale américaine était menacée de poursuites par le ministère de la Justice, s'ajoutant à de multiples pressions face à son refus de céder aux injonctions de Donald Trump sur les taux d'intérêt.
Le président américain a accusé la Fed de ne pas avoir respecté le budget prévu pour la rénovation de son siège à Washington, estimant qu'il pouvait y avoir des cas de fraude, et avançant un coût total de 3,1 milliards de dollars, contre 2,7 milliards prévus initialement, un chiffre que Jerome Powell dément.
"Au fond, il s'agit surtout d’un message adressé à son successeur potentiel à la tête de la Fed et aux membres actuels du FOMC (le Comité de politique monétaire, ndlr): la Maison-Blanche entend fixer les taux d'intérêt", souligne Neil Wilson, de Saxo Markets.
D'autant que "le mandat de Jerome Powell s'achève en mai", rappelle Mme Brooks. "Les marchés pourraient envoyer un message au président (...): une ingérence excessive dans les affaires intérieures n'est pas bienvenue", estime-t-elle, mettant en garde sur un potentiel "épisode de volatilité".
Les Bourses européennes restaient prudentes, pâtissant du climat d'aversion pour le risque. Vers 12H40 GMT, la Bourse de Paris perdait 0,16% et Londres (+0,04%) et Milan (-0,01%) restaient atones.
A Wall Street, les contrats à terme des trois principaux indices laissaient présager d'une ouverture en baisse: le Nasdaq perdait 0,80%, le S&P 500 0,58% et le Dow Jones 0,71%.
La défense européenne dans le vert
Seul le Dax de Francfort se détachait, s'inscrivant en hausse de 0,44% vers 12H40 GMT, porté par l'industrie de la défense dans "un contexte géopolitique en ébullition marqué par des discussions sur d'éventuelles frappes militaires américaines contre l'Iran", relève Neil Wilson.
Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté". L'Iran est tout à fait prêt à la guerre mais également à des négociations, a déclaré lundi le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi.
"La semaine dernière, il s'agissait du renversement de Maduro au Venezuela, puis l'attention du président s'est déplacée vers le Groenland et plus à l'est, avec les manifestations en Iran", rappelle Kathleen Brooks.
Le président américain a par ailleurs réaffirmé dimanche que les Etats-Unis s'empareront du Groenland "d'une manière ou d'une autre" car "si nous ne le prenons pas, la Russie ou la Chine le feront".
A Francfort, Renk montait de 3,35%, Hensoldt prenait 0,88% et Rheinmetall 0,87%. A la Bourse de Paris, Thales prenait 0,71% et Dassault Aviation 1,49%. A Londres, BAE Systems gagnait 2,48% et à Milan, Leonardo montait de 1,23%.
Le dollar sous pression
En parallèle de l'envolée des métaux précieux, "le dollar recule, et la stratégie de +vente des actifs américains+ pourrait revenir sur le devant de la scène, les investisseurs remettant une nouvelle fois en question l'indépendance de la Fed", souligne Kathleen Brooks.
Vers 12H40 GMT, le billet vert abandonnait 0,43% par rapport à la monnaie unique, à 1,1687 dollar pour un euro.
Cette semaine, les investisseurs seront attentifs à la publication mardi de l'indice des prix à la consommation (CPI) pour décembre aux Etats-Unis.
En plus des chiffres américains, "une série de responsables de la Fed (...) doivent s'exprimer tout au long de la semaine, fournissant aux marchés des points de vue nuancés sur l'équilibre des risques et le calendrier de possibles ajustements de taux", relève Jim Reid, économiste à la Deustche Bank.
D.Robinson--SFF