Vente de SFR: environ un tiers des 8.000 salariés en grève, selon les syndicats
L'appel à la grève chez SFR a rassemblé jeudi environ un tiers de ses 8.000 salariés, ont revendiqué les syndicats, qui avaient appelé à cesser le travail l'après-midi pour défendre les emplois dans le cadre de la vente de l'opérateur à ses concurrents.
L'Unsa, syndicat majoritaire, a affirmé auprès de l'AFP qu'au moins 2.660 salariés étaient en grève, tandis que la CFDT a évoqué 3.500 grévistes.
Contactée par l'AFP, la direction n'a pas communiqué d'estimation.
Entre 1.000 et 2.000 grévistes se sont rassemblés à Paris devant le siège d'Altice France, maison mère de SFR, a constaté une journaliste de l'AFP, et des mobilisations ont eu lieu sur plusieurs autres sites du groupe, notamment à Lyon et à Rennes.
Dans la mobilisation parisienne, Mehdi Tsouli, 38 ans, arborait comme de nombreux salariés un tee-shirt portant le slogan "SFR c'est nous", mot d'ordre de la mobilisation intersyndicale lancée par l'UNSA, la CFDT et la CFTC.
Pour lui, celle-ci doit servir à "montrer qu'on est mécontents d'avoir un flou total sur le futur de notre métier", alors qu'Altice France a annoncé début juin un accord avec Orange, Bouygues Telecom et Iliad-Free pour leur vendre SFR pour 20,35 milliards d'euros.
Une autre pancarte portait l'inscription "Drahi encaisse, les salariés trinquent", en référence à l'actionnaire principal d'Altice, le milliardaire Patrick Drahi.
Si la vente reste soumise à la validation de l'Autorité de la concurrence, la disparition de SFR qu'elle engendrerait laisse de nombreux salariés dans le désarroi.
L'une d'entre eux, qui n'a pas souhaité donner son nom, témoigne d'une "impression d'avoir été trahis, trompés", après 32 ans dans l'entreprise.
- "Premier avertissement"-
Du côté des syndicats, dont les représentants ont tour à tour pris la parole au micro, il s'agit surtout de mettre la pression sur le consortium des trois acheteurs.
"C'est un premier avertissement", a cinglé Olivier Lelong, délégué syndical central CFDT.
Les négociations sur l'avenir des salariés, entamées fin juin avec les acheteurs, ne donnent jusque-là pas satisfaction aux représentants du personnel.
"On ne sait pas trop où on va", a confié à l'AFP une salariée présente dans l'entreprise depuis 26 ans et qui a souhaité rester anonyme.
Elle sait déjà qu'elle ne fera pas partie des quelques milliers de salariés transférés dès la finalisation de la vente chez certains acheteurs.
Selon les mesures proposées, environ 2.300 seraient transférés chez Bouygues Telecom, 235 chez Orange, et 53 chez Iliad. S'y ajouteront les salariés de 120 boutiques, soit environ 2.000 personnes.
Pour les autres salariés, une proposition de reprise par employé a été évoquée mais la mesure est jugée insuffisante par les syndicats, qui demandent trois propositions par personne.
Le consortium d'acheteurs assure, quant à lui, vouloir "préserver l'emploi".
"Ce projet apporte une solution d'emploi à chacun des 8.000 salariés du périmètre repris: sur la base de notre proposition, environ 5.000 pourront rejoindre les trois opérateurs au lendemain de l'opération et 3.000 poursuivront leur activité chez SFR pour conduire la migration sur plusieurs années", ont assuré les potentiels acheteurs dans une réponse commune.
- Procédure judiciaire -
Les négociations portent aussi sur les enveloppes de départ pour les salariés qui refuseraient l'offre, dont les montants sont jugés encore trop bas par les syndicats.
En parallèle, les élus du personnel entendent aussi poursuivre le "combat judiciaire", témoigne Abdelkader Choukrane, élu au CSE et secrétaire général Unsa.
Le CSE central de SFR a défendu dans la matinée un recours en référé engagé contre les acheteurs et contre Altice France devant le tribunal judiciaire de Paris, sur lequel la justice se prononcera le 26 octobre.
Les représentants des salariés, qui ont aussi assigné les quatre opérateurs dans une procédure au fond dont les audiences doivent se tenir début décembre, exigent notamment d'obtenir davantage d'informations sur le projet de cession.
Plusieurs sources proches du dossier évoquent quant à elle un moyen de "pression" sur les négociations, tandis que les syndicats réclament des "informations complètes, précises et transparentes".
T.Martin--SFF