Une journée de mobilisation pour Christophe Gleizes se termine en musique au Bataclan
Un concert au Bataclan a conclu jeudi une journée de mobilisation pour le journaliste sportif français détenu en Algérie depuis sept mois Christophe Gleizes, à qui Ségolène Royal rend visite vendredi, un signal positif selon sa mère.
"C'est avec l'émotion d'une maman que je m'adresse à vous tous", a lancé, la voix tremblante, Sylvie Godard, montée sur la scène parisienne pour remercier le public "pour (son) merveilleux soutien".
Echarpe rouge "Free Gleizes" autour du cou, elle a lu un court message transmis par son fils depuis la prison de Tizi Ouzou où il est incarcéré : "grâce à vous je ne me sens pas seul et bientôt nous nous retrouverons et nous rattraperons le temps perdu".
Plusieurs artistes, comme le compositeur Alex Beaupain, la chanteuse Mathilda, ou le groupe électro-pop Elephanz, ont prêté leur voix au soutien du journaliste. Figure de la pop française, Jeanne Cherhal a improvisé une version de la chanson écrite par Michel Berger "Diego libre dans sa tête".
Le concert, organisé par Reporters sans frontières (RSF) a ponctué une journée de mobilisation avec plusieurs rassemblements à Toulouse, Lille, Montpellier, ou Perpignan, pour demander au président algérien Abdelmajid Tebboune d'accéder à la demande de grâce formulée par la famille.
Collaborateur des magazines français So Foot et Society, Christophe Gleizes a été arrêté le 28 mai 2024 en Algérie où il s'était rendu pour un reportage sur le club de football le plus titré du pays, la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), basé à Tizi-Ouzou, à 100 kilomètres à l'est d'Alger.
D'abord placé sous contrôle judiciaire, il avait été incarcéré en juin 2025 après sa condamnation pour "apologie du terrorisme" en première instance à sept ans de prison, en pleine crise diplomatique franco-algérienne.
Début décembre 2025, la Cour d'appel de Tizi-Ouzou a confirmé cette peine, alors que son avocat français, Me Emmanuel Daoud, dénonçait un "dossier totalement vide". La justice algérienne lui reproche des contacts avec des personnes liées au mouvement séparatiste MAK (Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie), classé terroriste en Algérie depuis 2021.
- bientôt 37 ans -
Sur scène, l'ancien footballeur international Vikash Dhorasoo, a appelé les autres figures de son sport à se joindre à la mobilisation.
"Ce que j'aimerais c'est que d'autres footballeurs importants prennent la parole" pour "mettre la pression sur le gouvernement algérien", a-t-il lancé, très applaudi.
Les parents du journaliste et le secrétaire général de RSF, Thibaut Bruttin, ont jugé positive auprès de l'AFP l'annonce par l'ancienne ministre française Ségolène Royal qu'elle rendrait visite en prison au journaliste vendredi, à l'occasion de son déplacement en Algérie où elle a rencontré le président Tebboune.
"Plus vous avez des personnalités qui sont respectées par le gouvernement algérien et qui peuvent influencer la décision, plus, pour nous, c'est formidable", a déclaré Mme Godard à propos de l'ancienne candidate à la présidentielle, actuellement présidente de l'Association France Algérie (AFA).
Sylvie Godard doit elle-même se rendre en Algérie samedi pour rendre visite à son fils "pour ses 37 ans". "On va lui apporter des livres (...) des mots croisés (...) des vêtements, et puis après on a droit à un couffin avec 8 kilos de nourriture", a-t-elle raconté à l'AFP.
Paris et Alger restent empêtrés dans une crise diplomatique à la suite de la reconnaissance, à l'été 2024 par la France, d'un plan d'autonomie "sous souveraineté marocaine" pour le Sahara occidental. L'Algérie soutient le mouvement indépendantiste du Polisario.
Depuis, une succession de nouveaux épisodes de crispation ont entretenu les tensions, notamment la détention pendant un an de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, condamné en Algérie pour "atteinte à l'unité nationale" et finalement grâcié avant d'être libéré en novembre 2025. L'écrivain a été élu jeudi à l'Académie française.
La semaine dernière encore, Alger a protesté contre la diffusion sur France Télévisions d'un numéro de Complément d'enquête consacré à la crise diplomatique entre les deux pays. L'Algérie a dénoncé un "tissu de contre-vérités" et "une véritable agression contre l'Etat algérien, ses institutions et ses symboles".
L.Lopez--SFF